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Retour Le Lauréat du Prix Canson® 2013 : Virginia Chihota

 

Virginia Chihota est une jeune plasticienne zimbabwéenne, née à Chitungwiza en 1983. En 2013,  elle est lauréate de la troisième édition du Prix Canson pour ses 30 ans. Elle fait partie de cette génération d'artistes qui a été marquée par la découverte de l'indépendance puis la naissance du Zimbabwe, connu auparavant au sein du Commonweath sous le nom de Rhodésie jusqu'en 2004.

Virginia a grandi dans une nation qui se cherche, ravagée par la guerre civile et les répressions d'un régime autoritaire. La violence est le quotidien d'une population qui choisit souvent l'exode vers les pays voisins pour échapper à la désolation économique.

Virginia a déjà participé à de nombreuses expositions collectives, en Argentine, Corée, Australie, Allemagne, France, Angleterre, et en 2013, à la Biennale de Venise. Virginia vit aujourd'hui à Tripoli, en Lybie.

Voir la galerie de Virginia Chihota

 

Virginia Chihota vue par Yan Pei Ming

Quand je me suis retrouvé face au travail de Virginia, tout comme le reste du jury, j'ai été interpellé par la simplicité et la puissance de son trait. Nous avions également une interrogation liée à son âge, car c'est toujours difficile de remettre un prix à un artiste en devenir. L'idée d'un encouragement n'est pas suffisante pour remettre un prix. C'est plus exigeant. Il a fallu que Virginia retravaille et montre à travers une série de nouveaux dessins très inspirés de sa résidence en Lybie pour confirmer qu'il y avait bien en elle le potentiel d'un engagement profond, d'une volonté de libérer dans ses dessins l'énergie d'un questionnement sur la vie. C'est de cette émotion qu'elle a su créer et de sa détermination qu'est né notre choix de la récompenser.

 

 

Son exposition individuelle organisée par le Fonds Canson® pour l’Art et le Papier : 

Le Fonds Canson® pour l’Art et le Papier a exposé Virginia Chihota à la foire internationale ARCO à Madrid en février2014. Virginia a exposé à cette occasion pour la première fois en Europe

 

Rencontre avec Virginia Chihota

"A la fin de mes études secondaires, j'ai rencontré Rafael Chikukwa, conservateur en chef de la National Gallery du Zimbabwe. C'est lui qui m'a poussée à entrer à la National Gallery Art School à Harare. J'en sors diplômée en 2006. Je dois ma vocation à cette rencontre. En ayant la chance d'avoir reçu cette éducation, nous avons aujourd'hui le devoir d'encourager nos propres communautés à apprécier les arts visuels. Ces communautés comme notre environnement immédiat nous inspirent. Il ne faut pas s'en éloigner, par crainte d'être incompris ou méprisé. "

"Le processus de création, le questionnement sur les techniques du dessin, le crayon, l'encre, l'huile ou l'acrylique, la gravure,… m'intéressent davantage que l'œuvre achevée. Cette confrontation avec les contraintes techniques font évoluer ma démarche. Le papier, qui est mon matériau de base, a ses spécificités. Je lui accorde beaucoup d'importance dans ma recherche pour arriver à mon résultat. Le sens de mes dessins s'articule toujours autour de la relation entre les humains. Sur la feuille de papier, j'ai toute la latitude et la liberté de m'interroger sur ce qui est oublié, …de chercher ce qui fait que le respect et l'amour se glacent, se figent au point de devenir des murs qui nous entourent. J'observe ma vie, je prends de la distance, je crois que la compréhension de nos erreurs permet de mieux comprendre vers quoi doit s'ouvrir l'avenir. " 

"Tous les thèmes de la relation que j'explore sont puisés dans mon expérience personnelle. La soumission et l'isolement social des femmes sont omniprésents mais je m'interroge aussi sur les rapports de couple, ceux de la mère et de l'enfant, le sens de la vie, la dislocation culturelle… Je vis aujourd'hui à Tripoli. Au Zimbabwe, il y a bien sur des rites animistes mais la religion a peu d'importance et n'influence pas le rapport entre les gens. En Lybie, le poids de la religion islamique est omniprésent dans la société libyenne. Je laisse exprimer l'isolement que je ressens dans mon travail. Cela m'aide à me comprendre moi-même et à donner du sens à ma vie". 

"Canson®, c'est une vraie légende et je crois que c'est le cas dans toute l'Afrique. Quand je vivais au Zimbabwe, je dessinais déjà sur du papier Canson®. C'était le papier des artistes, de tous ceux qui dessinent…et je l'ai découvert dès que j'ai suivi des cours à la National Gallery Art School. Aujourd'hui, pouvoir découvrir de nouveaux papiers Canson®, c'est très important dans la mesure où ce matériau a toujours eu une influence sur le résultat que je recherche."

"C'est d'abord un grand défi ! Pour moi, c'est un nouvel engagement. C'est très exigeant pour l'avenir. Cela va me permettre d'avoir une exposition personnelle à L'ARCO de Madrid, en février 2014. Ce sont aussi de nouveaux contacts, la possibilité de faire connaître mon travail, ce qui est le plus important pour un artiste…"