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Retour Le Lauréat du Prix Canson® 2010 : Fabien Mérelle

Fabien Mérelle est l’heureux lauréat 2010 du Prix Canson®.

Diplômé de l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris, il a conquis le jury par son style très minutieux et onirique. 

Fabien Mérelle se dessine en pyjama, entouré d’animaux étranges. Chacun de ses dessins raconte une histoire, figure un instant. Fabien Mérelle s’interroge sur le monde qui l’entoure, dénonce avec beaucoup de poésie des situations dramatiques telles l’inceste ou la pauvreté. Les fantasmes sont suggérés. La réalité se mêle et dépasse le désir et vice versa. Son réalisme lui permet de faire des choses complètement irréalistes comme voler sur le dos d’un écureuil géant.

Fabien Mérelle reconnaît un réel désir de retour à la nature. Ceci l’amène à convoquer tout un bestiaire, dont il use par métaphore, avouant une filiation certaine avec les Fables de Jean de la Fontaine. Ces animaux introduisent également une dose d’étrangeté et d’ironie, comme cet éléphant qui lui grimpe dessus dans Pentateuque, une manière d’illustrer cette sensation d’écrasement qui nous fait dire qu’on « en a plein de dos »

Sa technique a évolué, il passe du crayon au marqueur très fin puis à l’encre et à la plume. Elle s’avère un moyen privilégié pour nuancer la ligne. Quant à la couleur, elle s’est introduite tardivement dans son œuvre, utilisée au début uniquement en grands aplats réalisés sur l’ordinateur. Aujourd’hui, il s’ouvre à une nouvelle approche en utilisant l’aquarelle et en en réalisant de plus grands formats.

Voir la galerie de Fabien Mérelle

 

Fabien Mérelle vu par Gérard Garouste, artiste peintre et président du jury du Prix Canson® 2010 et 2011

« Fabien est quelqu’un qui n’est pas pris dans des histoires de mode. Son travail est très personnel. On voit qu’il cherche au fin fond de lui-même des choses qui n’appartiennent qu’à lui. C’est ce qui me paraît le plus important. A cause du marché de l’art, les artistes ont tendance à se laisser influencer et produire des choses qui vont dans le sens du marché. Souvent, derrière un artiste, il y a un pays et l’art devient un alibi pour mettre en valeur le pays. Il y a les artistes chinois, russes, américains...Fabien est en dehors des modes et j’en suis ravi. »

 

Son exposition individuelle organisée par le Fonds Canson® pour l’Art et le Papier :

En tant que lauréat du Prix Canson 2010, Fabien Mérelle a remporté une exposition sur un stand de 30m² à Art/Paris/Just Art intitulée «Sans-Titre» dans laquelle l’artiste donnait à voir des dessins mettant en scène des sans abris.
Le plasticien s’en explique en déclarant: « Je passe et je regarde comme tout un chacun, furtivement, ces hommes et ces femmes, mobiliers d’une ville carnivore. Je passe, mais leur image reste et avec elle le besoin de fixer leurs contours trop vite aperçus. Ces dessins sont le fruit du désir d’un passant d’arrêter sa marche, de contempler ces Euménides des trottoirs, ces sans titres, ces trous noirs et béants dans nos décors cartons pâtes d’Hommes abrités». 

 

Rencontre avec Fabien Mérelle (juin 2010)

J’ai 28 ans, j’ai toujours dessiné, c’est mon moyen de communication privilégié. Je suis sorti des Beaux-arts de Paris en 2006, j’ai décroché ma première expo, puis je suis allé en résidence pendant un an à la Casa de Velázquez, à Madrid, l’équivalent de la Villa Medicis. Depuis, je dessine tous les jours de 9h à 20h, c’est une nécessité.

C’est moi et je me représente toujours avec mon pyjama. Cela vient d’une contrainte très simple. Quand je suis sorti des Beaux-arts, je n’avais pas d’atelier. Je travaillais dans mon salon et je restais en pyjama toute la journée. Comme je n’avais pas envie d’enjoliver les choses, je me suis représenté en pyjama. Après, on m’a parlé de Little Nemo.

C’est mon but, mon défi, raconter une histoire. Ma feuille est une scène, un théâtre. L’équivalent en littérature serait une nouvelle, et sûrement pas un roman. Quelque chose de court, mais de très dense. Pendant les Beaux-arts, lors d’un échange, je suis allé vivre quatre mois en Chine. Je me suis alors retrouvé seul dans un immeuble en construction. Complètement seul dans cette grande tour...Toutes mes phobies d’enfance sont revenues. Je me suis mis en scène pour la première fois dans mes dessins et je me suis moqué de mes phobies, de mes peurs mythologiques. Depuis, je continue à me mettre en scène pour raconter mon quotidien, mes rêves, ou les petits événements qui jalonnent mes journées.

Mon dessin est pulsionnel. Mon désir part le plus souvent d’un détail. Pour un dessin avec un gros éléphant, tout est parti de l’oreille. Je voulais absolument dessiner une oreille d’éléphant ! Je n’arrive pas à bien dessiner si le désir n’est pas là. Le détail va me servir de charpente pour le reste. Ce réalisme, je veux qu’il me permette de faire des choses complètement irréalistes. Qu’il me permette, par exemple, de parler avec mon grand-père qui n’est plus de ce monde, ou de voler sur le dos d’un écureuil géant...

Mon travail est une espèce de copier/coller. Je prends des choses à droite ou à gauche. Avec mon iPhone, je photographie des choses ou des gens dans la rue : une femme, un SDF, une foule, des moutons sur un banc... Puis, j’essaie de me réapproprier les choses, la réalité. Je n’ai jamais été satisfait par un dessin dans ma vie, mais à un moment, il faut que j’arrête. Sinon, je les reprendrais encore et toujours. Le volume d’une hanche, le pli d’un pantalon... Le fait de travailler sur plusieurs dessins en même temps me permet de lâcher prise et d’abandonner un dessin. Cela m’arrive souvent d’aller trop loin dans les détails et de gâcher un dessin. Il vaut mieux en dire pas assez que trop.

J’utilise un papier Canson® très fin, le premier papier, un papier de croquis qui ne me permet pas de poser de lavis, ni de la matière. Pour la couleur, je suis obligé de passer par l’ordinateur. Je fais donc des tâches de couleur avec ma palette graphique, mais il n’y a pas de détail. Puis, j’imprime ce « patron » coloré et je commence le dessin à ce moment-là en rajoutant tous les détails avec des encres de couleur. Je crois que j’aime beaucoup partir d’une contrainte et aller jusqu’au bout.

Quand je reçois un prix, je me dis que -peut-être – je n’ai pas tort de faire ce que je fais, qu’il faut que je continue. Le but n’est pas le prix, je dois continuer à travailler, c’est un encouragement. Que cela soit un Prix Canson®, c’est très drôle. Tous les artistes que je rencontre me conseillent de changer de papier. Moi, j’essaie d’aller au bout de cette contrainte, de garder ce papier qui me rappelle mon enfance et donne de la force à mon propos.

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